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PARCOURS ATYPIQUE
D'UN APPELE EN ALGERIE
 


CONTINGENT : 58/1C (JUILLET 1958)




CAMP DU LIDO (CIABCA, Hussein Dey)

2/12 EME R.C.A. (El Hammam)

RETOUR SANITAIRE

CDP 4 (CIE EXPERIMENTALE D'ACTION PSY.)

MINISTERE RUE ST DOMINIQUE.




QUELQUES EXPLICATIONS PRELIMINAIRES


La Guerre d'Algérie a d'abord été engagée par la France pour assurer la
protection de tous les habitants de cette terre coloniale, qu'ils soient
Français d'origine européenne ou d'origine indigène, de plus en plus directement
menacés par un mouvement terroriste naissant. Une armée de 350.000 à près de
500.000 hommes sera progressivement envoyée sur place et maintenue en permanence
dans ce but. Avant et au début de cet engagement, de nombreux musulmans avaient
choisi la France, acceptaient sa présence, respectaient sa tutelle et sa
puissance, recherchaient sa protection. Mais, en fait, cette situation restait
contre nature et, particulièrement depuis l'après Seconde Guerre Mondiale, comme
cela était pourtant bien évident, les mouvement d'émancipation et de
décolonisation se renforçant partout. L'Algérie ne faisait pas exception. Malgré
les bienfaits totalement incontestables de la colonisation, les progrès
considérables qu'apportait la présence de la France en Algérie, il devenait
alors, même dans tous les cas et depuis toujours, absurde de prétendre que cette
colonie faisait partie intégrante du territoire national de la France. La
rébellion algérienne, malgré les réticences de très nombreux algériens
d'origine, avait donc beau jeu d'engager la lutte armée contre l'occupant
historique, contre la France exagonale et colonialiste. Cela était grandement
favorisé par les fréquentes et nombreuses inégalités de toutes natures qui
touchaient la majorité des populations musulmanes, même s'il s'en trouvait
d'autres qui faisaient exception, qui s'étaient fort bien accomodées de la
présence française, s'y étaient stabilisées, embourgeoisées et même enrichies.
Je pense, par exemple, aux Tamzali, à la tête du trust de l'huile. Cependant, ce
qu'il fallait bien plus prendre en compte, c'était certainement qu'une immense
majorité des algériens d'origine était répartie sur la plus grande partie du
territoire, celle qui était arride, mais pratiquement désertée par les européens
qui, eux, avaient investi depuis le début les régions fertiles du Nord. Ce qu'il
fallait prendre en compte, encore, c'est que ces fellahs vivaient toujours à un
stade moyenâgeux, souvent misérablement et en étaient d'autant plus perméables
aux arguments de la rébellion qu'ils n'avaient, presque toujours, ni le choix ni
les moyens de rejeter, sauf à y perdre leur vie. Tout cela, je vais le découvrir
et le comprendre comme une évidence dès juillet 1958. J'en reparlerai dans ma
conclusion. Le gâchis énorme provoqué par cette situation trop longtemps
incomprise de nos dirigeants et d'une majorité de nos citoyens, le désastre
attisé par l'inconscience, le comportement et le manque de lucidité des
européens d'Algérie comme par les illusions d'une Armée très largement victorieuse
sur le terrain, certes, mais hors du contexte politique réel, ont entraîné bien des morts
inutiles, bien des souffrances et tant de drames affreux qui auraient pu être évités.

Marqué en profondeur, j'ai voulu longtemps effacer de ma mémoire cette page de
ma vie, refouler au loin ces souvenirs amères et j'y suis parvenu pendant 46
ans. Je n'en ai donc pas parlé en arrivant peu à peu à oublier une majorité
de détails de mon parcours d'appelé, et le drame de l'Algérie « française »
lui-même. Pourtant l'âge que je suis en train d'atteindre m'oblige à dresser dès
maintenant un bilan de ma vie et, pour mes enfants, pour mes petit-enfants, à
laisser quelques indications précises sur ce que j'ai fait, qu'ils ignorent
encore le plus souvent. Ces pages en font partie. Elles peuvent également servir
de témoignage à mes anciens frères d'armes, à ceux qui ont connu la guerre
d'Algérie; plus encore aux jeunes, à ceux qui ne l'ont pas connue, à ceux qui
n'en savent que les bribes orientées politiquement qu'on leurs à servies et à
ceux qui ne savent même pas qu'elle à existée. Car, nous, les anciens d'Algérie,
nous allons bientôt partir puis rentrer à notre tour dans l'Histoire. Et, je
crois que nos témoignages doivent rester. Et donc, qu'ils doivent le plus
possible être transmis à ceux qui viennent après nous.


L'APPEL SOUS LES DRAPEAUX

1958 : A 22 ans, je dénonce mon sursis d’incorporation. Inscrit en fac de droit
j’ai aussi fait quelques études de commerce mais il me semble urgent de
m’acquitter de ces 28 mois de ma vie qu'entend me confisquer le service
militaire rallongé par la guerre d’Algérie. J’appartiens à la 3ème Région, celle
de Rennes, j’ai fait la P.M. à Vannes et ma conviction est qu’il faut aller se
battre contre des rebelles qui ne représentent que l’expression d’une minorité
nationaliste musulmane. Car, tout de même, il y bien ces innombrables
combattants venus d’Afrique du Nord qui ont si ardemment et si courageusement
combattus aux côté des Français libres, il y le fait que l’Algérie à bénéficié à
de multiples égards de la colonisation française, qu’on le veuille ou non. Il y
le fait, encore, que tant de ces Algériens participent, collaborent, aiment la
France à laquelle ils sont associés depuis des générations et dont ils
deviennent les « Français d’origine musulmane ». Et je ressens tout cela
d’autant plus fort que j’ai déjà fait plusieurs séjours dans la région d’Alger,
pour y avoir accompagné mon père, quand ses affaires l’y conduisaient. Je suis
donc, maintenant, volontaire pour les E.O.R. (Elève officier de réserve). Dans
la famille, c'est une très vieille tradition, on compte depuis toujours des
cadres de l’armée de métier, (j'ai même connu deux de mes oncles généraux et
l'un de mes cousin éloigné l'est également, encore), des officiers d’active, des
réservistes, des engagés volontaires. Un de mes  oncle à été fauché à la tête de
sa section par une mitrailleuse allemande, au combat, comme jeune lieutenant et
je me sentirais sans doute marginalisé si je ne suivais pas son exemple. Un de
mes parents, nettement plus âgé que moi, également lieutenant dans les Forces
Françaises Libres, mort pour la France, a été fait par la suite Compagnon de la
Libération à titre posthume. Pour moi, la route était là, déjà toute tracée.

Ma démarche volontaire, en 1958, me permet, encore étudiant, de postuler pour
une arme et, par tradition, je demande l’A.B.C. (Arme Blindée Cavalerie).
Demande bien  accordée, car je reçois rapidement une belle affectation pour le C
503 (Chars lourds) de Mourmelon avec un ordre de me rendre au centre de
recrutement du Mans. Premier contact avec l’Armée. Une caserne où, toujours en
civil, on vous dispatche suivant les besoins en effectifs. En fait de C503 c’est
un départ direct pour l’Algérie que l’on me signifie dès le lendemain : le
peloton des postulants ‘E.O.R’. au Centre d'Instruction de l’Arme Blindée Cavalerie du
Lido, à Hussein Dey, dans la région d’Alger. Trois à quatre mois après, si tout
va bien, ce sera un retour vers Saumur pour six petit mois de formation
d’officier de réserve sur engins blindés EBR, AMX, M24 etc., avec, peut-être, une sortie en
uniforme de sous-lt., d’aspi. ou de MDL - ou même avec rien à la clé,
éventuellement -. Après, enfin, sans pratiquement aucun doute, le retour
d’urgence en Algérie, pour les 19 mois restants avec, au mieux, une courte perm
unique en « Métropole ».

Un train spécial dans le quel on nous a installés nous conduit à petite vitesse
jusqu'à Marseille, toujours en tenue civile. Je constate de plus en plus
nettement que beaucoup d’appelés autour de moi semblent cafardeux et certains,
même, pas trop bien du tout. L’un d'eux, devenu fou-furieux, sera mis
d’urgence, manu militari, dans une cellule où on le verra derrière de solides
barreaux et d'où on l’entendra hurler, en attendant que le Service de Santé ne
vienne l’évacuer. (Vrai dingue ou simulateur ?..) Toujours à Marseille, un autre
appelé se suicidera dès le lendemain. Là, personne ne connaît personne et on ne
parle pas beaucoup. On pense trop à ce qui nous attend de l’autre côté de la
Méditerranée. Ainsi, avant l’embarquement, chacun erre dans les allées du camp
que des haut-parleurs inondent de chansons et de musiques romantiques à la mode.
L'ambiance est triste et morose. Je commence à me poser des questions.

LE VRAI DEPART


Juillet 1958 - J'embarque donc à Marseille à bord de ' l'Athos II' un vieux
paquebot des lignes d'Indochine devenu transport de troupes. Toujours revêtu de
ma tenue civile, je passe une bonne partie de mon temps suspendu dans un hamac,
au fond de l'une des calles transformée en immense dortoir, plutôt malodorant,
sans doute à cause de ceux qui ont été malades lors de précédentes traversées et
dont on a sommairement nettoyé les avatars. En fait, on peut tout de même aller
respirer l'air pur sur certains des ponts, ce qui n'est pas un luxe car cette
antiquité flottante prend tout son temps et va même mettre deux jours pour
atteindre sa destination.

Il ne s'agit pas d'une croisière et il faut s'ingénier à tuer le temps mais nos
tenues civiles nous donnent encore une petite illusion de liberté avec laquelle
on tente de se faire plaisir, quand on y réfléchit. La mer est calme, le temps
magnifique. Mais l'attente reste vrillante, douloureuse.

LE CHOC DE L'ARRIVEE

Je connais déjà un peu l'arrivée et l'entrée du port qui conduit à Alger « la
Blanche ». Mais, avec presque tous les autres appelés, je cherche intensément à
observer de plus près, depuis le bastingage, le spectacle dont je vais découvrir
peu à peu les détails, au fur et à mesure que le long navire se rapproche du
quai. Et, là, cela devient vite tout autre chose que l'image dont mon dernier
passage, neuf ans plus tôt, m'avait marqué la mémoire : sur les quais, un
immense parking d'engins militaires, de camions, d'auto mitrailleuses,
d'half-tracks, de blindés, de jeeps, et surtout, de plusieurs ambulances, tous
portant des traces de mines, d'aubus, ou de balles, mais, visiblement rassemblés
là pour être récupérés par quelques casses ou quelques ateliers d'un ultime «échelon »
en Métropole. Brutalement, un peu à ma surprise, la situation me
semble beaucoup plus sérieuse que je ne l'avais imaginée. Je savais qu'il
tombait chaque jours un certain nombre de nos soldats dans des embuscades et
dans des accrochages, mais là, j'ai plus l'impression, désormais, que les rebelles
arrivent aussi à anéantir beaucoup de matériel et même de matériel blindé ! Ce
qui me choque encore plus est que des ambulances portant la croix rouge aient pu
être prises pour cibles.

Nous débarquons bientôt et sommes tout de suite pris en main par les cadres de
l'escorte qui va nous convoyer en camion vers le camp du Lido. Sur le port
grouillent de nombreux badeaux musulmans dont les gamins viennent nous voir
comme si nous étions des extra-terrestres. Certains nous proposent des objets
pour « pas cher » mais un sous-officier qui nous dirige les éloigne tout de
suite et nous mets en garde en termes précis : « Pas question, vous apprendrez
qu 'ici vous êtes déjà une cible potentielle! Ces gamins peuvent très bien vous
remettre un colis piégé ou un truc moche de la part des fells !... Ou leurs
transmettre des renseignements que vous leurs donneriez. Vous aurez à vous
méfier de tout 24 h sur 24, souvenez-vous en bien... »

Tandisque nous roulons, un de mes voisins murmure : « Charmant pays...ça commence
super! On dirait vraiment pas que c'est la France, ici... Mais alors, qu'est-ce qu'on
fout dans cette galère »

J'ai failli tenter de lui adresser la parole, de le raisonner un peu, d'essayer
de le rassurer. Mais, après ce que je venais de voir, je ne m'en suis ni trouvé
les arguments, ni même la première des paroles pour commencer ma phrase.

LE LIDO, CENTRE DE FORMATION DE L'A.B.C. EN ALGERIE.


Appels, rassemblements, baratin d'accueil se sont succédés. On nous avait déjà
affectés à nos pelotons respectifs, présentés à nos instructeurs, expliqué les
choses. Puis, nous recevons très vite nos paquetages. L'ambiance est tout de
même un peu meilleure, car après environ cinq jours d'inaction, de déplacements,
d'incertitude, nous savons maintenant où et avec qui nous allons passer ces
trois mois de FCB et de CFCB. Au peloton dit « EOR », avec mes 22 ans, je suis
l'un des plus jeunes, presque tous ont fait des études longues (architectes,
médecins, ingénieurs, avocats etc). Certains les ont même ralongées tant qu'ils
ont pu, espérant se rapprocher ainsi d' une hypothétique fin de la guerre. Il y
a quelques PMS dont un appelé qui est charpentier, je crois, et qui n'a que 20
ans à peine. Mais il « en veut » aussi, tout autant que les autres. La
camaraderie est franche et le moral, je dirai, insouciant. Je fais même bientôt
la connaissance d'un cousin de l'actrice Nicolle Courcel avec lequel je
sympathise et qui me donne rendez-vous à Paris, après la quille, me promettant
qu'il me fera connaître sa fameuse cousine. L'encadrement est parfait. Il semble que
nos instructeurs tiennent compte du niveau général et de l'âge de leurs recrues. Nous
avons deux MDL en or qui ne nous en font pas trop baver mais l'entraînement est
forcément très dur et nous sommes aussi en plein mois de juillet... En plus,évidemment,
étant tous volontaires pour les EOR, nous sommes obligés de rester déterminés à
tout prix ! Ce qui facilite le travail de nos formateurs.

ET LA, TOUT VA BASCULER POUR MOI !

C'est pourtant là que tout va basculer. Deux éléments majeurs vont me faire
renoncer à ma démarche volontaire et volontariste :

1 – Mon père à des relations en Algérie. L'une d'elles fait partie d'un «comité
de salut public » pied-noirs de la Mitidja. Elle vient me voir un soir pendant
l'un de mes quartiers libres. Je l'écoute avec attention, la fais parler. C'est
un homme brutal, rustre, borné. Il se trompe sur toute la ligne, c'est évident
pour moi, mais il m'apprend aussi pas mal de choses. Très vite, j'aurais ainsi
d'autres contacts avec des français d'Algérie et même avec quelques français
d'origine musulmane. Ainsi, je suis stupéfait de découvrir que ce qui se passe
en réalité en Algérie n'a rien à voir avec ce que je croyais savoir et pire
encore, avec ce qu'en pensent les pieds-noirs eux-mêmes qui en fait, vivent
totalement en dehors des réalités et vont forcément à une perte certaine. Je les
vois déjà foncer droit dans le mur! En tout cas, j'en suis convaincu et je le
dis bientôt sur place, au camp du Lido, à l'un de mes cousins, alors commandant
aux Affaires Algérienne, venu me voir, qui, visiblement, ne le prend pas très bien
mais qui, lui non plus, et comme tant d'autres, n'a encore strictement rien
compris. Les faits le confirmeront - ô combien ! - dans les années suivantes et
l'Histoire le fera bien plus encore.

Pour moi, maintenant, c'est certain, l'Algérie telle que nous la défendons est
un leurre et on pourra faire tous les quadrillages que l'on veut, toutes les
opérations militaires de grande envergure que l'on souhaite, toutes les actions
sociales possibles et imaginables, cela ne marchera jamais !

En effet, les deux communautés, européennes et musulmanes, ne cohabitent que de
façon erratiques, désiquilibrées, trop souvent imposée par le rapport des forces
que les populations arabes ont supporté sans trop broncher, tant que la
rébellion n'a pas réussi à se structurer. En fait, ces deux communautés ne
cohabitent pas, elle se juxtaposent déjà depuis longtemps. Et encore, il y a une
large majorité du territoire où ne se trouvent que des arabes musulmans. Il y a
pire : même à égalité réelle de droits et de considération, ces deux communautés
sont (et resteraient) ethniquement incapables de s'absorber l'une l'autre pour
fonder une nation commune, comme il le faudrait absolument. Cela aurait pourtant
été la seule et unique issue éventuellement possible au conflit : faire
d'urgence de l'Algérie un territoire associé avec promesse garantie
d'indépendance, d'abord autogouverné dans une association étroite avec la
France, librement et démocratiquement formulée, puis massivement acceptée par
tous. Là, si cela avait été possible, nous aurions pu, peut-être, couper l'herbe
sous le pied du FLN, mettre fin à la guerre et sauver les meubles. Pourtant, je
ne croyais même pas une seconde à la faisabilité d'un tel arrangement! (Cela ne
s'est pas fait, heureusement et sans aucun doute ! En revanche, ça été, à moyen
terme, une grande chance pour la France. On voit très bien pourquoi aujourd'hui:
De Gaulle, qui un moment avait cru possible d'évoquer une "France" s'étendant de
Dunkerke à Tamanrasset avait évidemment raison quand il avait enfin 
pris conscience qu'il ne pouvait s'agir là que d'une chimère totalement folle !

Dans la situation où en est l'Algérie dite « française » de 1958, combattre
devient pour moi un sacrifice bien trop inutile, une action perdue d'avance, un
gâchis pour tout le monde. Ma famille à quelques relations à Paris. Très
discrètement, à l'insu de tous, je commence à exposer là où cela peut être reçu,
là où cela peut être utile, les craintes que m'inspirent déjà ce début de mon
expérience algérienne, en les faisant remonter comme je peux. Et, de façon
imprévue, certaines oreilles, déjà tendue, s'y intéressent. Par dessus tout
cela, un cas de conscience se présente à moi : j'ignore encore si je pourrais
suivre ma formation d'officier de réserve mais, il me semble de plus en plus
impensable et bien trop lourd d'avoir la responsabilité de conduire des hommes
au feu dans un contexte aussi absurde. Et j'y réfléchis chaque jour d'avantage.

2- Soudain, tout se précipite plus encore : depuis que j'ai été vacciné contre
la jaunisse ( et contre je ne sais pas quoi encore) je suis malade, de plus en
plus mal en point, même. Si bien que l'on m'envoie quelques jours à l'Hôpital
Maillot d'Alger. J'y rencontre un certain nombre d'appelés et de militaires
engagés qui sont passés par le bled et qui me racontent ce qu'ils y ont vu. Cela
me confirme souvent dans les impressions que je commence à ressentir de plus en
plus précisément. Donc, cette fois, après avoir encore réfléchis, je prends bien
ma décision. Jamais, je ne commanderai des hommes au feu dans cette situation
que je refuse totalement. Je vais donc dire que je ne tiens plus du tout le coup
en ce moment (ce qui est vrai, mais j'aurais pu passer outre) et qu'à mon grand
regret, je me sens désormais inapte, hélas, à poursuivre le peloton EOR. Je
sais que cela signifie pour moi un envoi prochain dans une zone de combat avec
la quasi-certitude d'y rester jusqu'à la quille et donc, d'avoir plus encore de
chances d'être tué ou blessé pour rien qu'en faisant Saumur. Ce qui me rend
furieux car si cela arrive, je serais non seulement mort pour rien mais surtout
en pleine jeunesse. Cela veut dire, aussi, rester tout en bas de l'échelle,
simple 2ème classe. Et ça, c'est très dur pour moi, c'est presque impensable
même. Certes, je suis désireux de faire mon devoir de soldat et de combattre
avec mes frères d'armes. Mais, cela me rend encore un peu plus malade et me fout
presque en l'air d'avoir la certitude que je vais me battre strictement pour
rien et, de plus, que je ne peux même pas le dire clairement. Qui me
comprendrait donc? Pour être honnête, je vais quand même arriver à jouer ( tout
à ma guise, je l'avoue très humblement maintenant), de cette carte « santé » et
à persuader chacun, tout au long de mon service militaire, que ma constitution
insuffisamment résistante me conduit à traverser un état dépressif sérieux et
génère un manque d'aptitude. Alors que si seule ma constitution est réellement
un peu déficiente face aux exigences du service armé, il n'en est strictement
rien de mon état dépressif, n'ayant jamais fait de dépression de ma vie, ni
avant ni après. Mais, visiblement, j'ai toujours su être assez persuasif.
J'avais déjà fait un peu de droit et rêvé d'être avocat. J'ai passablement honte de
manipuler à peu près tout le monde, presqu'à ma guise, mais je crois fermement que
la situation m'autorise même moralement à tricher un peu. Ainsi, fini le
peloton EOR dont on me raye aussitôt de l'effectif en me passant à celui des
"élèves secrétaires". Là, j'avoue encore que, franchement écoeuré par cette guerre
inutile, par le temps qu'elle me faisait perdre sans justification sérieuses à
mon sens, comme par mon déclassement, j'ai été tenté de pousser le bouchon
jusqu'à obtenir la réforme. Mon dossier, joint à ma capacité de persuasion, me
l'aurait sans grand doute rendu possible. Puis, j'ai abandonné cette idée et me
suis dit qu'il n'était pas inutile -et même qu'il serait assez important- de
poursuivre mon expérience, de mieux connaître, par moi-même la situation sur le
terrain, pour pouvoir en faire un rapport plus précis à mes correspondants en
Métropole.  De plus, la simple sensation de vouloir se planquer pour fuir les
combats, même s'ils étaient à mes yeux totalement inutiles, ou seulement pour ne
pas faire de service militaire me semblait totalement  insoutenable. Je
m'engageais donc dans la guerre, au moins pour un temps.

Mon nouveau chef de peloton était un certain sous-lieutenant de Fontenay, assez
imbu de sa personne, de son grade et de sa fonction d'instructeur de bidasses,
un homme qui avait fait Saumur sur EBR, me disait-il, et qui ne devait pas
tellement m'apprécier. Sans doute avait-il saisi confusément mon comportement
assez atypique qui rentrait plutôt mal dans le moule de son équipe. En tout cas,
j'ai pu mettre par la suite la main sur les appréciations qu'il avait notées à
mon dossier militaire et elles ne m'étaient pas franchement favorables. Je n'ai
pas pu voir cependant s'il m'a de plus «  pistonné » pour mon affectation au
12ème RCA dans la ZOC. C'est très possible. En 1961, alors jeune directeur
commercial adjoint, je l'ai brièvement rencontré dans une soirée parisienne. Il
m'a juste demandé si « cela s'était bien passé », presque étonné que je lui
réponde « Oui, très bien, vous voyez que je suis rentré entier... » On ne s'est
rien dit de plus et j'ai aussitôt tourné les talons, Je ne l'ai jamais revu.

Au Lido, en plus de l'exercice militaire, des patrouilles dans Alger et sa
région avec le fameux MAS 36-51, des Pefats m'apprennent donc le maniment de la
machine à écrire militaire, presque un engin blindé qui crépitait comme une MAT
49, la tenue des livres, des fiches, les circuits des bordereaux et les
diffusions de circulaires, comme la tenue des paies et encore plein de choses.
Avant mon incorporation, j'ai fréquenté une école de commerce puis une école de vente
et ce travail de gratte-papier ne me semble pas bien compliqué. Mais il me barbe
au plus haut point. J'en viens à regretter les actions et les tâches plus
dynamique sur le terrain. Aussi, je m'ennuie moins pendant les patrouilles. Un
jour, d'ailleurs, à la tombée de la nuit, nous somme 6 dans un 4x4 Renault, dont
un MDL Chef, et nous patrouillons à faible vitesse en bordure de champs de
vignes à perte de vue quand je vois une forme dissimulée par les feuilles vertes
et les grappes de raisin. A l'époque, j'étais chasseur, bien habitué à tirer le
gibier à plume et à tirer vite. De plus, j'aimais les armes et avec mes frères,
on faisait beaucoup de tirs à la 22 LR. Nous étions sans doute un peu fous car
nous allions jusqu'à nous tirer dessus, face à face, à 20 ou 30 mètres, avec des
balles tracantes de 22 (ça existait !). On restait strictement immobile et
l'autre tirait alors, juste après le top, visant à 50 cm à gauche où à droite de
la tête... Il est vrai que l'on s'entraînait souvent au tir de précision! Donc,
ce soir là, en bordure des vignes, mon réflexe immédiat a été d'approvisionner
mon MAS en un éclair et de mettre en joue ! Sans rien dire et également avec
d'excellent réflexes, le MDL Chef à saisi mon arme et en a immédiatement retiré
la cartouche. Il n'a rien dit. Peut-être avait-il vu de sa place qu'il
s'agissait d'un âne en vadrouille qui effectivement, s'est redressé et à montré
ses grandes oreilles? Peut-être a-t-il simplement pensé que j'allais ouvrir le
feu sans ordre et descendre ainsi n'importe qui, sauf un fell ? En fait, je
n'aurai évidemment ouvert le feu de mon propre chef que si un homme avait tiré
sur nous ou se préparait de façon évidente à le faire. Mais le MDL Chef avait
totalement raison, car je n'étais qu'une jeune recrue encore en formation et il
ne savait que cela de moi. Par contre, en cas d'accrochage, il n'aurait
peut-être plus eu le temps de s'en souvenir...Et moi non plus. Mais, que
pouvait-il faire d'autre?

LE DEPART VERS M'SILA.


On ne nous dit rien de spécial mais nous recevons des feuilles de route. La
mienne précise : 12émé Régiment de Chasseurs d'Afrique, Z.O.C. Avec un certain
nombre d'autres camarades, je suis appelé et on nous conduit à la gare avec un
titre de transports pour Bordj-Bou-Areridj. On nous fait peu après monter dans
un train dont la loco diésel-électrique est précédée d'un wagon de marchandises
rempli de rails en vrac. Ca « sent » déjà les mines, les embuscades. Il y a bien
une petite escorte armée avec un poste (je crois un 509/510) mais elle me semble
dérisoire et je ne vois que des armes légères. Le convoi avance assez lentement
et par moment, il s'arrête. Dehors, le paysage change peu à peu. Les plaines
verdoyantes se font plus rares. Puis, bientôt, je remarque que les fils des
lignes qui suivent la voie de chemin de fer sont de plus en plus bas, souvent à
peine audessus du sol. La raison en est facilement visible: les rebelles
viennent régulièrement couper ou plastiquer les poteaux et, pour gagner du
temps, on remonte les fils sur ce qui reste ! De temps en temps, par les
fenêtres, nous voyons des uniformes, des patrouilles, des GMC sur les routes,
quelques AM et des jeeps. Les véhicules sont souvent sales, ceux qui les
utilisent ou qui crapahutent dans les environs ne sont pas non plus très
reluisants.

BORJ -BOU-AERRERIDJ PUIS M'SILA.

A Bordj-Bou-Aeridj, nous sommes attendus par nos nouveaux frères d'armes. Ils
voient en nous une relève, certes, mais aussi une équipe de bleus B.A.P, comme
toujours un peu méprisables. Bref, nous sommes prêts à tout mais ce n'est pas
eux qui nous font peur. Nous grimpons dans les camions Simca à cabine avancée,
un regard inquiet scrutant le payage. A cet instant, je réalise que je suis en
uniforme mais que je n'ai même pas un pistolet à bouchon dans la poche et donc,
qu'en cas d'embuscade, nous ferons des cibles idéales pour les fells. Si il y a
des tirs, il ne me restera qu'à me faire tout petit, à me protéger de façon
dérisoire en mettant mon paquetage dans le direction des agresseur et, si
l'occasion s'en présente, à me précipiter sur la première arme laissée par le
premier touché.

Mais, notre convoi de « bleus » arrive sans encombre dans la petite ville de
M'Sila où nous débarquons au PC du régiment. Pour moi, ce sera juste le temps
d'une courte pose car je suis affecté au 2éme Escadron, en plein bled, avec
quelques autres. On nous y conduit donc bientôt par une piste cahotante,
entourée d'un paysage sauvage, presque lunaire, coupé par quelques oueds à sec
et talwegs inquitants. Je trouve la vue assez sinistre et la topographie idéale
pour nous tendre des embuscades faciles et meurtrières.

LE 2EME ESCADRON DU 12EME R.CA.

(Devise : «Audace n'est pas déraison» - Chef de corps :Lt.Col. de Ruellé du
Chéné)

Descente des véhicules avec bagages puis mise en rangs par le sous-off. qui nous
commande pour présentation du nouveau contingent. Il s'agit d'un cantonnement
basique avec des tentes et seulement quelques constructions en dur empruntées
visiblement à un ancien douar, le tout entourée de petites montagnes qui forment
un peu autour comme un cirque. Pour moi, cela évoque plus ou moins la cuvette de
Diên Biên Phu que je n'ai jamais vue mais dont j'ai souvent étudié le cas
concret et de nombreuses photos. Fort heureusement, ça n'a en fait rien à voir,
car en Algérie de 1958, le quadrillage est partout vérouillé, comme les
frontières tunisienne et marocaine. Parce que, en outre, l'Armée française y est
nombreuse, surpuissante et efficace. De plus le 2ème Escadron a une dizaine de
chars moyens- légers M24 bien disposés et pointant les 360 degrés ainsi que des
half-tracks, le tout correctement réparti dans une position qui ne pourrait que
très difficilement être enlevée par les rebelles, sauf, peut-être, par une
excellente coordination d'actions commandos de nuit. Mais, encore faudrait-il
que les fellagas arrivent d'abord  à passer silencieusement l'imposant réseau de
barbelés et donc qu'ils éliminent dans le plus grand silence les sentinelles les
unes après les autres, y compris celle du mirador.Il aurait peut-être également
été possible aux fells d'utiliser des mortiers mais, visiblement ils ne devaient
pas en avoir (ou très peu). Dans cette hypothèse, il aurait été indispensable
qu'ils en utilisent plusieurs pendant une assez longue préparation et surtout
qu'ils viennent également avec des armes anti-chars en quantité. Je ne croyais
donc pas à cette éventualité.

Je reçois bientôt mon paquetage et, enfin, une arme attitrée. Dans le paquatage,
il y même une tenue saharienne avec des sandales, équipement que je n'aurai
jamais à utiliser. Mon arme est une carabine américaine USM1, une arme que je
connais déjà, une de mes relation, ancien résistants bretons, ayant gardé la
sienne après la Libération. Cela me satisfait grandement d'en recevoir une car
cette carabine est légère, maniable, précise et permet aussi des tirs assez
rapides, sans être fatiguante ni encombrante. En accompagnement, je reçois une
dotation de 90 cartouches. De mon arrivée jusqu'à mon départ du 2 ème Esc. je ne
me coucherai jamais sans avoir mis ma carabine US et les 6 chargeurs contre moi,
dans mon lit picot. Pendant le quartier libre qui suit un repas rapide, les
anciens nous montent une revue de paquetage « bidon » dans l'une des tentes.
Certains ont des barettes d'officiers et nous y croyons tous jusqu'à ce qu'après
leur départ, les autres, ceux qui sont restés, éclatent de rire et se
réjouissent de la bonne blague. Les barettes étaient « empruntées »; on ne nous
dit pas où ni à qui ! Tout cela restera strictement entre nous et brisera
rapidement la glace.

Suis-je un privilégié ? Bientôt, on me présente à mon supérieur direct, le MDL
Perné qui est responsable de l'administration. Je vais travailler pour lui et
contribuer à la tenue des états, des dotations etc. Cela comprend aussi que je
vais coucher, non sous une des tentes mais seul, dans une mechta délabrée dont
une pièce mal fermée sert de bureau et dans laquelle donne aussi celle de mon
chef. Non loin de là se trouve, si ma mémoire ne me trompe pas trop, la mechta
du capitaine Roland qui commande le 2ème Esc. Sur un tremplein artificiel, juste
à quelques mètres du coin couchage qui m'est assignée dans le bureau, se trouve
un vieux M4 Sherman, plus ou moins H.S., mais transformé en obusier statique et
dont le canon de 75 sert d'apui-feu de temps en temps. C'est presque toujours la
nuit qu'on l'utilise et l'onde de choc des départs ébranle la toiture dont le
torchis me tombe dessus quand je suis couché, une fois sur deux.

Le MDL Perné m'a laissé le souvenir d'un homme agréable, sérieux et rieur à la
fois. Il a toujours été sympa avec moi. Je ne pense pas que j'étais pourtant
alors très ouvert ni détendu, ni motivé. Mais, ça, il le comprenait sans doute.
Si j'avais finalement été classé « service auxiliaire » et « promu » au rang de
simple 2 ème classe « secrétaire militaire », grâce à l'unique qualification
obtenue au Lido, cela ne me dispensait nullement de participer aux gardes,
spécialement la nuit et parfois de jour. Par contre, je n'appartenais à aucun
peloton armé et ne suivais donc pas les opérations. Mais, ce n'était pas le cas
pour les patrouilles de nuit que je faisais de temps en temps avec un adjudant
super (dont je suis malheureusement incapable de me rappeler aujourd'hui le nom,
ce qui est un comble!). Ce dernier avait remarqué qu'à l'entraînement au tir, je
faisais souvent des cartons avec mon USM1. Il choissisait ses hommes et nous
partions la nuit tendre des embuscades, fouiller des maisons et des granges
abandonnées, bref, les éventuelles planques des fells. Ce sous-officier avait
fait l'Indo, il s'y était fort bien battu et sorti vivant d'assez mauvais coups,
disait-on. Je lui faisait une confiance aveugle et je ne détestais pas sortir
avec lui. On sentait tout de suite qu'il savait de quoi il parlait, qu'il était
expérimenté et connaissait le terrain aussi bien si ce n'est mieux que les
indigènes. Avant de partir, il commençait par vérifier si, comme il l'exigeait,
nous n'avions effectivement rien oublié dans nos poches, rien qui puisse faire
du bruit en tombant ou provoquer un reflet de lumière dans l'ombre de la nuit,
il regardait bien si nous avions seulement un casque léger la tête, pas de
casque lourd, pas de gourmette, ni de chaines visibles, mais des chaussures
silencieuses. Plus encore, surtout pas de cigarette et encore moins d'allumette
sur nous et pas même un mouchoir.(Se moucher par inadvertance dans le silence
absolu de la nuit peut trahir une présence à des centaines de mètres)

Puis, nous partions à 8 ou 9, dans un silence total, en file indienne espacée,
cherchant le couvert des ombres, arrêtant souvent la progression pour écouter
attentivement le moindre bruit suspect, gardant en tête les consignes reçues au
cas où nous tomberions nous mêmes dans une ambuscade. Si nous n'avons jamais eu
de contact sérieux avec des fells pendant les patrouilles auxquelles j'ai
participé, je me souviens tout de même d'y avoir eu une belle frousse un soir,
tard. Le Sherman obusier (ou un autre char) tirait en appui-feu à 6 ou 8 kms. On
entendait les départs puis peu après le passage vrombissant des « pelots » juste
au dessus de nos têtes, suivi bientôt des explosions à l'impact. Sans doute
étions-nous à seulement 3 ou 4 petits Kms au Nord-Ouest du Hammam Dalaa. Je ne
connaisais pas l'endroit et il faisait déjà nuit. Une petite mechta à priori
délabrée et abandonnée, composée de deux constructions, se profilait dans
l'ombre et semblait abandonnée. Après un demi- encerclement discret, tandisque
les autres nous couvraient, j'ai été désigné avec un de mes camarades pour aller
ouvrir la porte que l'on devinait déjà, peu solide et mal jointe, même dans
l'obscurité. C'était mon tour de passer le premier, ce que j'ai fais avec une
certaine appréhension. L'arme à la taille, le doigt sur la gâchette, je me suis
avancé en retenant mon souffle puis, j'ai donné à la porte toute proche un
violent coup de pied. Cette porte s'est ouverte brutalement et j'ai fais en même
temps un saut de côté, pour me protéger, prêt à tirer sur qui sortirait sans
lever les bras. Il faisait totalement noir dans cette mechta et je n'avais eu
qu'une fraction de seconde pour y jeter un simple coup d'oeil, juste avant de me
mettre à l'abri. Aucun bruit, aucun mouvement à l'intérieur que l'on puisse
déceler. Nous ne sommes ni en Indochine, ni en plein combat de la Seconde Guerre
Mondiale. Pas question donc de balancer une grenade défensive. De plus nous ne
sommes que 9 et notre arme principale est la surprise, le silence. Dans le
gourbi, il n'y a peut-être personne, ou seulement des civils terrorisés,
malades... aussi bien que des fells « coincés » là et qui attendent pour nous
allumer au dernier moment. Ou encore, qui espèrent que nous partirons comme
cela, sans prendre le risque d'aller plus loin, sachant que l'entrée est
peut-être soigneusement piégée. C'est alors que j'ai entendu un buit suspect à
l'intérieur, tout près, contre la porte à moitié refermée puis une forme à foncé
en me frolant. Je n'ai pas tiré, mais cela a été limite : en fait, une chèvre
affolée venait de se manifester. Cinq minutes m'ont été nécessaires pour que je
retrouve ma sérénité car pendant une petite fraction de seconde, j'ai bien cru
que nous allions participer, et de nuit, à un combat très rapproché...

Vue de ma place au 2ème Esc. si l'activité des fellagas était peu perceptible le
jour, hors de quelques opérations et à part quelques actions isolées, il n'en
était pas de même la nuit. Notre position était assez fréquemment harcelée par
des groupes mobiles qui venaient faire le coup de feu. Bien entendu, la réplique
était massive et énergique. Chacun à son poste faisait son travail et suivant
les besoins, le commandement engageait quelques chars et quelques half-tracks.
Le MDL Perné, où même le Capitaine Roland, me dirigeaient alors et
éventuellement vers le mirador, comme renfort à la sentinelle. Il y avait là un
projecteur doublé d' une mitrailleuse de 50 et nous y étions dans ces moments là
deux ou trois, ce qui n'était pas de trop. Cependant, un soir vers 10h30, je
crois, nous sommes mis en alerte par des coups de feu assez nouris qui avaient
commencé du coté de la SAS voisine. La sentinelle utilise son projecteur pour
tenter de localiser les assaillants. Je sors de mon gourbi avec ma carabine US
et mes chargeurs puis j'entends le capitaine Roland qui bat le branle-bas de
combat en criant « Alerte!..Alerte !... ». Je n'ai que trois enjambées à faire
pour le rejoindre et il me donne l'ordre de monter au mirador. Dans la
précipitation, je retiens qu'il me donne également ordre de faire éteindre le
projecteur. Craint-il que celui-ci serve de repère pour d'éventuels tirs de
mortier ? Ou que la sentinelle ne se fasse descendre trop facilement? Je ne
sais. Autour, on court dans tous les sens. Les chefs de pelotons retrouvent tant
bien que mal leurs hommes. Déjà, le capitaine Roland, en pyjama, grimpe sur un
char M24 qui commence à rouler avec deux ou trois autres blindés. Je me prépare
tout juste à grimper à l'échelle verticale qui conduit à la plateforme du
mirador. Ca tiraille maintenant dans tous les coins et j'entends très bien nos
mitrailleuses lourdes crépiter par longues rafales saccadées. Au moment précis
où je mets le pied sur le 2ème barreau de l'échelle, une rafale me passe juste
audessus et, glacé d'effroi, je reste cloué sur place ! Je sens mes jambes mais
ma volonté de les faire bouger est totalement paralysée. Celui qui a tiré semble
être tout près, à quelques mètres derrière moi. Visiblement c'est seulement un
jeune bleu (il vient d'en arriver il y a moins d'une semaine) et qui fait
n'importe quoi, qui panique encore plus que moi. Il est vrai que si je suis
maintenant en poste depuis un moment et que ce qui se passe ce soir n'est plus
très nouveau pour moi, pour lui, cela doit être une choc plutôt sérieux.

Le bleu en question, semblerait-il, serait parti se planquer avec quelques
autres, jusqu'à la fin de l'accrochage. J'ai parfaitement compris sa réaction et
ne lui en ai pas voulu d'avoir failli me tuer. Pourtant, il n'y avait
strictement aucun fell dans notre cantonnement lui-même et, encore une fois,
notre supériorité était écrasante. Le danger n'était pas au bout du canon de son
PM Thompson et ses balles de 11,43 qui auraient pu me transformer en passoire,
lamentablement perdues.

Donc, exécutant les ordres, après avoir respiré à fond une bonne minute, je
reprends l'échelle et je transmets à la sentinelle l'ordre du capitaine
d'éteindre, sentinelle qui feint de ne pas me comprendre et qui continue à bien
balayer les environ de son projecteur. Il est vrai que je ne suis que 2ème
classe et même seulement « service auxiliaire » donc, il n'en n'a rien à foutre.
Il ne me croit pas. A ce moment, je pense voir très brièvement dans le faisseau
de lumière qui balaye nerveusement le voisinage, un peu avant le nouveau bordj
en construction, une ombre accroupie. Je signale cela à la sentinelle qui
m'entend cette fois, malgré les nombreux tirs et le spectacle des traçantes à
tirs tendus des mitrailleuses des chars qui progressent en balayant vers l'oued
et dont les paires de moteurs Cadillac V8 ronflent à l'unisson. Je pointe du
doigt l'endroit repéré et  arme ma carabine US. La sentinelle revient en arrière
avec son faisseau lumineux au moment même où la forme repérée se redresse sur le
bord d'une sorte de talus. Je vise puis tire avec une correction au jugé et une
demi seconde après, je vois que la silhouette s'immobiliser net avant de
basculer de l'autre côté du talus. Tout à été très vite. Le MDL Perné est arrivé
peu après, sans doute ayant entendu mon coup de feu d'en bas. Je lui explique:
il transmet sur le champ, par radio, l'information pour les patrouilles de
blindés qui ratissent autour du cantonnement et précise qu'un fell semble être
touché, devant le bordj en construction, ajoutant aussi qu'il n'y était
probablement pas seul. Je n'arriverai jamais à connaître la suite exacte de
cette action.

Ainsi passaient pour moi les jours et les nuits au 2ème Esc. Je travaillais
toute la journée, prenais mes tours de garde le soir et la nuit, participais à
des patrouilles nocturnes, étais réveillé fréquemment par des harcellements ou
des alertes de nuit, devenais de plus en plus fatigué, dormais de moins en
moins. Bientôt, il me faudra même deux litres de café noir ultra costaud au
minimum par jour. Je fume peu et souvent je donne ma dotation aux autres. Si
nous mangeons très bien, j'ai quand même perdu plus de 15 kgs et je me sens
presque à bout de force. Le médecin capitaine s'en rend compte et je le lui
confirme. Il attend quelques semaines pour voir si je remonte la pente mais
comme ce n'est pas le cas, il m'expédie à l'hôpital militaire de Constantine,
(Je saurai plus tard, que c'est contrairement à la volonté du capitaine Roland,
mais là, c'est le médecin qui décide pour les questions sanitaires)

Non seulement j'étais vraiment épuisé physiquement mais encore, mentalement. Je
me sentais de moins en moins en adéquation avec l'engagement français dans cette
guerre «  à côté de la plaque » que menaient alors, en fait sans rien
comprendre, ni les responsables politiques ni les chefs militaires. Qui, ces
derniers, la faisaient, bien persuadés d'avoir raison, de défendre la France et
de sauver l'honneur de l'Armée, par trop malmenée en Indochine. Plus le temps
passait, plus les évênements confirmaient même mes certitudes sur l'inutilité
totale de notre présence militaire dans l'évident nouveau contexte politique du
moment. J'avais cru à l'Algérie française sans réellement savoir trop pourquoi,
avant de débarquer sur cette terre colonisée. Je pensais qu'une majorité de «
français musulmans », comme les pieds noirs, avaient un besoin vital de nous.
Sur ce plan, j'ai vite déchanté. La population d'origine algérienne était
divisée, certes, mais même si elle respectait souvent la France qui, sans aucune
contestation possible, lui apportait beaucoup, même si certains français
musulmans portaient notre pays dans leur coeur et pouvaient de temps en temps
être jusqu'à des exemples pour nous, dire que l'Algérie c'était la France
restait totalement absurde en soi. Les deux communautés en conflit, musulmane et
européenne, ne pouvaient pas subsister en binôme avec des différences ethniques
aussi importantes, avec des religions antagonistes, avec toutes les inégalités
qui en découlaient bien trop concrètement. Cette situation avait depuis très
longtemps généré un rejet potentiel et tous les germes d'une révolte
nationaliste évidente qui couvait en profondeur. Cela, je le voyais, je le
comprenais parfaitement dès juillet 1958. Au Hammam Dalaa, encore, j'ai eu
l'occasion de faire parler librement un ou même deux des prisonniers qui y
circulaient dans la journée pour faire quelques corvées, pas de ceux, dangereux,
qui étaient enfermés en permanence sous terre et dont le 2ème bureau et le
commandement du régiment, ou encore de l'escadron, se chargeaient de façon «
énergique ». Etant toujours objectif et aimant parler vrai, j'ai conduit assez
facilement ces hommes à me confier avec une sincérité évidente ce qu'ils
éprouvaient en tant que combattant Algérien du FLN. Suivant que l'on est d'un
côté ou de l'autre d'une barrière, il est évident que l'on voit cette barrière
avec un point de vue à 180° de celui qui est en face. Sans excuser une seule
seconde les fréquents comportements de sauvages de très nombreux fellagas ni
admettre les horreurs, les massacres, les mutilations, les tortures barbares et
les exécutions régulières des prisonniers qu'ils faisaient et comettaient, (sans
même épargnier leurs propres coreligionnaires) il fallait malheureusement
admettre que ces combattants étaient engagés dans une guerre de libération et
que, même s'ils étaient très loin de pouvoir la gagner par les armes un jour,
leur soulévement était avant tout politique, irréversible, incontrôlable et
justifié. (Ce qui n'excuse en rien leur sauvagerie atroce et leur abominable
barbarie.

Dont on devrait pourtant bien plus souvent parler au lieu de ne focaliser sans
cesse que sur les seules tortures utilisées par l'Armée française, dans certains
interrogatoires inévitables et incontournables, dans le contexte qui vient
d'être décrit).

Or, ni à Paris, ni à Alger, on ne comprenait clairement la situation. Quant aux
populations européennes d'Algérie, habituées à profiter d'une situation
coloniale pourtant déjà depuis longtemps d'un autre temps, non seulement elles
ne comprenaient pas non plus ce qui se passaient, mais encore leur manque total
de psychologie et de réalisme, leur habitude d'être assistées et protégées par
la métropole les ont empéchées de réagir comme il aurait convenu. Le résultat
est qu'elles ont tout perdu. Je reviendrai plus loin sur ce sujet.

En attendant, je suis à Constantine, dans une chambre d'hôpital militaire que je
partage tranquillement avec deux légionnaires, l'un allemand, l'autre serbe qui
se sont fait proprement casser la g.  lors d'une grande beuverie. Ils ne sont
pas beaux à voir. Je leurs fait quelques compliments car je sais que les
légionaires n'ont pas froid aux yeux et qu'ils font du très bon boulot. Du coup,
mes voisins de chambre sont sympas et l'Allemand me donne même un peu de sa
tablette de chocolat. Je me souviens aussi que cet hosto n'était pas loin de la
gare, dont l'on entendait les coup de trompe des locomotives diésel-électriques
qui y manoeuvraient. On me fait une série d'examens médicaux qui ponctuent le
temps long des quelques journées où on nous devons rester dans notre chambre, en
pyjama 24 h sur 24. Puis, un beau matin, un médecin militaire en blouse blanche
rentre et vient vers moi : « c'est bien vous d'Humières ? » - « Affirmatif ! Mon
commandant ! » J'ai dit « Mon Commandant » sans bien réfléchir, un peu au pif,
vu qu'il à l'air jeune. Son léger sourire me fait penser après qu'il ne doit
être que capitaine.

«- Rabillez-vous, prenez avec vous ce que vous avez amené ici et passez aux
sorties: on va vous donner des titres de transports pour Sétif. Vous êtes
rapatrié sanitaire !» Je suis resté froid, presque au garde-à-vous en pyjama,
mais avec peine. J'avais très envie de l'embrasser !

J'ai serré les mains de mes deux légionnaires, souhaitant à chacun d'eux bonne
chance. Puis toujours sur le coup de la nouvelle, je me suis mis en route.

Pourquoi Sétif? Je ne suis pas seul mais au milieu d'un groupe d'une dizaine de
soldats et sous-officiers rapatriés sanitaires qui sont tous soit blessés
invalidés, soit porteur de patologies qui les rendent inaptes pour un temps ou
définitivement. J'apprends de l'un d'eux que nous allons être rapatriés dans un
avion de l'Armée de l'Air, depuis la base aérienne voisine. En effet, je monte
dans une ambulance conduite par une charmante infirmière parachutiste et qui me
le confirme en me précisant que la destination de l'avion est l'aéroport de
Villacoublay, tout près de Paris. C'est un Nord 2501 de transport et de larguage
de paras. Il fera une courte escale à Lyon-Bron avant de se poser enfin à sa
destination.

Mon impression est curieuse, confuse. Je suis soulagé, heureux, mais mal dans ma
peau. Certes, je tiens à peine debout, je ne pèse plus que 49 kgs mais je sais
que tous les autres sont restés dans ce putain de bled et qu'ils n'auront qu'une
seule permission pendant les 27 ou 28 mois qu'ils auront faits là-bas. Combien
de temps vais-je rester en Métropole? Que va-t-on faire de moi? Et, mes affaires
personnelles?.. (Je ne repasserai en effet jamais au 12 ème RCA et encore moins
2ème Esc. Mais, je ne le sais pas encore.)

Descente de l'avion. Nouvelle ambulance, nouvelle infirmière du Service de Santé
des Armées. Cette fois, je roule avec trois autres soldats vers l'Hôpital
Villemin, dans Paris. Je vais y traîner un moment assez long, bénéficiant de
permissions qui me permettent de revoir ma famille. En toute discrétion, mais
facilement désormais, je communique mes constatations, mes impressions, que je
présente comme des certitudes. Je serais un jour contacté par la Présidente de
l'Association pour le Soutien de l'Atcion du Général de Gaulle, Mme Helleu,
association dont je deviendrai bientôt membre. Mais c'est à un autre niveau
encore et seulement à cet autre niveau là que mes rapports arrivent et sont
probablement lus en même temps que d'autres qui se recoupent tous, paraît-il.
Nous sommes au début 1959 et il me semble évident, même vu de ma place, ici, à
Paris, que la Guerre d'Algérie va prendre rapidement un nouveau tournant.
J'arrive à me persuader que je suis plus utile – ou, au minimum, moins inutile,
à Paris qu'à M'Sila. Des questions nombreuses me sont posées mais « personne ne
me connaît » la discrétion est et doit rester totale. Bien entendu, il est hors
de question d'interférer de quelque manière que cela soit avec l'Armée. Je reste
à mon poste de soldat de 2ème classe.

Je reprends un peu de poids, ma tension remonte. Même si les médecins militaires
ne me considèrent pas comme totalement apte, ils ont bien envie de me renvoyer
en Algérie où il n'y a jamais trop d'effectifs. Or cela pose problème. Pour
d'autres. Pour moi aussi, qui commence à faire un travail intéressant. Je vais
tout de même, finalement, arriver à rester, en jouant un peu sur mon état de
santé mais aussi et malheureusement, en demandant indirectement l'appui et les
interventions nécessaires au travers de relations familiales, ce que je déteste
et réprouve au plus haut point. Cela ne se produira qu'une fois et donc jamais
plus de ma vie.

Je n'ai pas été tenu au courant de ce en quoi avait exactement consisté ces
interventions éventuelles probables. Toujours est-il que je ne suis pas reparti
en Algérie. Jamais, je n'ai su qui procédait à mes affectations en région
parisienne que je pensais toutes provoquées par les mêmes interventions et sans
aucune relation avec les informations que j'avais apportées. Pourtant, quand je
me suis vu arriver en planton au Ministère, rue St Dominique, je me suis demandé
s'il s'agissait d'une coincidence accidentelle où d'un choix délibéré. Dans un
service sensible, je voyais arriver les dépêches de la 10 ème Région (Alger),
les rapports sur le moral des troupes en Algérie et bien d'autres choses encore.
Assez vite, je croyais constater que bien des informations importantes pouvaient
être modulées, retravaillées, édulcorées, contournées avant de parvenir au
Général Le Puloch, Chef de l'Etat Major des Armées puis à Monsieur Pierre
Mesmer, Ministre concerné. Cela pouvait être grave et même affecter l'intérêt
supérieur de la France. Il est bien évident que cette confiance que l'on me
faisait ne pouvait être trahie et que je ne pouvais faire d'autre usage de ce
que je découvrais que de le garder strictement pour moi seul. Mais, ce que je
voyais me démontrait une fois de plus que l'on allait bien dans le mur.

D'ailleurs, le Pouvoir avait fini par s'en rendre compte. Je le savais. Pour
moi, il n'y avait plus qu'à attendre la fin de mon service et de mon aventure
d'appelé. Je vidais les corbeille du Ministère mais je participais aussi à
rédiger les synthèses de presse pour le Chef de l'Etat Major des Armées. L'ambiance
était on ne peut plus relaxe. Pourtant, je me morfondais en pensant à tous mes
frères d'armes toujours appelés en Algérie et qui devraient attendre encore un
peu que finisse leur galère, accomplissant ainsi un sacrifice totalement vain.
Pourquoi n'y étais-je plus, moi? D'ailleurs, encore, mon propre frère allait
devoir y partir à son tour, dans quelques mois, peu après ma quille, et tenir
là-bas jusqu'à l'indépendance, accomplissant un service courageux et extrêment
dur : sursitaire, il est finalement appelé dans l'Infanterie. Ses classes se
terminent juste quand il contracte une méningite carabinée et reste huit jours
dans un côma profond. Le Médecin Colonel Grossetête de l'hôpital militaire de
Rennes prévient lui-même la famille de la situation, dit que le pronostic est
très réservé et suggère de venir sans tarder. Mon frère se relèvra lentement.
Puis, il lui faudra recommencer entièrement ses classes. Mais il en veut
vraiment: après 6 mois de classes au total, il intègre Cherchell puis en sort
sous-lientenant. Il restera en Algérie jusqu'au bout.

Je reviens sur mon parcours parisien. Peut-être ne savait-on pas que faire de
moi ou étais-je mal vu à ce point ? En tout cas, j'ai eu de multiples
affectations : je suis passé par la C.A.R de Versailles, par le 1er Train à
Duplex, par le Fort Neuf de Vincennes, par le Fort de Nogent et, comme je l'ai
déjà mentionné, par le Ministère des Armées. J'ai aussi bien nettoyé une fois
les sols d'un mess de sous-off. au Fort de Nogent, et vidé les corbeilles rue St
Dominique, que participé aux activités d'une compagnie expérimentale d'action
psychologique où je disposais d'un studio personnel d'enregistrement et de
montage, (la CDP 4 à Vincennes, Cne Souyrice), où j'ai même eu bientôt à faire
des commentaires et des exposés à des officiers de réserve stagiaires, jusqu'au
grade de colonel. Ou encore, j'ai eu, je l'ai mentionné, à lire les principaux
journeaux français puis à en rédiger des synthèses de presse pour le Chef d'Etat
Major des Armées. Façon qu'avait l'Armée d'utiliser les compétences d'un 2 ème
classe, atypique, encombrant, et qui n'aurait pas dû l'être. Je dois encore
ajouter que je n'ai jamais eu de punition ni de remarque sévère, que, comme mes
camarades, j'ai bénéficié, presque pendant toute la seconde partie de mon
service militaire, (celle dans la Région Parisienne) du « couchage extérieur »
que l'Armée accordait facilement, réalisant ainsi de sérieuses économies
d'intendance et améliorant fortement le moral des troupes locales.

LE RETOUR A LA VIE CIVILE

Ainsi ais-je eu un peu de temps pour reprendre pied, peu à peu, et suis-je enfin
arrivé à retrouver la vie civile sans trop de dégats apparents, même si j'ai été
profondément marqué. Je pense que j'ai beaucoup appris de ma campagne en Algérie
et de la vie militaire en général, vie qui à des vertues formatrices
exceptionnelles dont l'absence de nos jours est devenue catastrophique. J'y ai
appris à me battre et à garder la tête sur les épaules. A mieux comprendre aussi
la vie, comme ses réalités objectives. A me débrouiller en toutes circonstances,
à perdre l'habitude de croire aux illusions faciles. Si pendant cette période
dramatique, mes efforts et mes sacrifices n'ont servi en rien la France des
Français incompétents qui la dirigeaient (mais n'avaient aucune notion des
réalités), comme la France des autres qui les subissaient, ils m'ont formé un
jugement précis et rendu plus fort. J'ai croisé pendant ces heures sombres
beaucoup d'hommes de valeur qui l'étaient devenu en les traversant comme moi. Je
les ai appréciés comme j'ai apprécié l'Armée, malgré ses travers. En conclusion,
je ne regrette vraiment rien. (Sauf que la France d'aujourd'hui est,
malheureusement cette fois, en danger réel imminent dans son propre sanctuaire
et que, comme pour l'Algérie d'hier, les Français restent encore une fois
aveugles et sourds. Jusqu'à quand le resteront-ils?)


Pierre d'Humières  Carte du Combattant  N° 845085



Note : J'invite les anciens du 2ème Escadron (2/12e RCA)  ayant tenu la position
du Hammam Dalaa entre octobre 1958 et mars 1959 à me contacter s'ils le veulent
bien. Je recherche des photos et je peux publier sur cette même page les
souvenirs et les expériences de ceux qui le désireraient. Bien cordialement à
tous.

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 NOUVEAU  : UN SITE EXCLUSIVEMENT CONSACRE A LA MEMOIRE DU 12 EME RCA,  - DE PLUS FORT BIEN

FAIT -, VIENT D'OUVRIR.  A VISITER ABSOLUMENT :

                                 
                                                                     http://chasdaf.canalblog.com/                                                

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POUR CONTACTER WWW.PIERREDH.COM, MERCI DE CLIQUER SUR LE LIEN SUIVANT :



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PAGE RESERVEE AUX ANCIENS DU 12 EME RCA  
(ET PLUS ENCORE A CEUX DU 2 EME ESCADRON)

Grâce à Internet j'ai eu la chance de pouvoir entrer en contact, notamment avec André Gaillard et Serge Naud, qui l'un et l'autre tout particulièrement, m'ont transmis des photos du
2eme Escadron du 12 eme Régiment de Chasseurs d'Afrique, Escadron détaché et basé au Hammam Dalaa et auquel j'ai appartenu de début octobre 1958 jusqu'à mars 1959. Avec l'accord d'André Gaillard, je présente ci-dessous, 50 ans après et non sans un peu d'émotion, certaines de ces photos qui évoquent puissament des souvenirs particulièrement marquants de nos vingt ans d'alors. Je remercie donc tout  spécialement  André Gaillard et Serge Naud d'autant plus
que mon départ imprévu de cet escadron en 1959 ne m'avait pas laissé ramener une seule de mes quelques rares photos personnelles prise sur place. J'invite tous ceux des anciens ayant séjourné au Hammam Dalaa et  qui visiteront cette page à suivre l'exemple des MDL Gaillard et Naud en m'adressant les photos personnelles qu'ils accepteraient de voir publier ici. Bien entendu, cette page est aussi ouverte à ceux qui voudraient de plus y voir reproduit un commentaire, un texte, une remarque ou un récit en relation avec le sujet. Merci d'avance à ceux qui accepteront de le faire.


Le poste du Hammam Dalaa, tenu par le 2 eme Esc. Cette photos a été transmise par le MDL Gaillard qui y était affecté en même temps que moi.
On voit le mirador en bois qui m'a laissé quelques souvenirs particuliers que je ne pourrais jamais oublier... 


L'entrée du poste. (Photo communiquée par André Gaillard.)


La vallée du Hamman Dalaa tout près du poste. (photo transmise par A. Gaillard)
 


Ici, un des chars M24 du  2 eme Escadron. Debout derrière la tourelle, le MDL Gaillard (Photo transmise par A.Gaillard)


Outre sa participation au "quadrillage", le 2/12 eme RCA assurait la sécurité locale du pipeline d' Hassi-Messaoud à Bougie.  Assis sur le pipeline en chantier
 le MDL Gaillard . ( Photo transmise par A. Gaillard)


Ce paysage presque lunaire était familier pour les hommes du 2eme Esc occupant encore le cantonnement du Hammam Dalaa en 1958-1959.
Le fort que l'on voit se détacher et qui devait ultérieurement les recevoir était encore en construction. (Photo transmise par A. Gaillard)

N.B. Les photos ci-dessus appartenant à A. Gaillard ont été publiées avec son autorisation écrite.